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Jeudi 31 juillet 2008

Inviter les produits de notre consommation effrénée à finir leur vie dans un ultime voyage symbolique en tant que matière première, pourquoi pas ? C’est à cet exercice original que se livre Jean-Marc Duval. Il en découle des oeuvres animistes, porteuses de messages, des "tableaux" qui  bousculent les tabous.

 

« Diplômé de l’école supérieure de recherche en décharges publiques »  comme il se définit lui-même, Jean-Marc Duval confesse modestement : « Je ne vous ferais pas le grand déballage d’un pedigree des écoles de maître, je n’en ai pas. Ma seule école, ce sont les détritus, bidons décapités, bras de poupée, selles de vélos,composants informatiques, matériaux en bâtiment divers…Une sorte de supermarché de nos vide greniers reconditionnés dans un cadre de luxe à la consommation. » Sa passion, c’est «de faire du bling-bling avec des chiffons et des serviettes ». Dans quel but ? « Pour que nous puissions devenir célèbres moi et mes ordures ! » dit-il avec humour. Trêve de plaisanterie, ces œuvres à mi-chemin entre peinture et sculpture posent avant tout un regard lucide sur la société et le monde qui nous entoure. « C’est une expression entre culture du système D à l’africaine et symbolisme vu par un occidental noyé dans sa civilisation de consommation. L’animisme blanc que je définis comme esprit de la matière modifiée ou l’invisible devient visible à ceux qui veulent voir au-delà de l’apparence.»

 

Les poubelles ont du talent !  

Pour servir de support à cette expression, Jean-Marc Duval n’utilise ni acrylique, ni aquarelle, ni huile en tube aux prix exorbitants, ni toiles apprêtées mais un procédé de pâte d’imprimerie à base de pigments et de résine zéro euro raclée au fond des pots. Applicable au pinceau ou à la spatule selon l’effet désiré, cette pâte offre une très bonne résistance à la lumière. « Et pour ce qui est de la palette de couleur, un bon vieux nuancier pantone en guise de gammes pour la fabrication des teintes d’une très haute brillance. » En somme, notre homme se transforme en véritable laborantin mais aussi en un excellent bricoleur car il récupère avant tout les plaques d’Isorel des palettes de livraison comme support pour la peinture et le bois des palettes pour la réalisation des cadres. « On pourrait appeler cela huile d’imprimerie sur bois ! » Vous l’aurez deviné, s’il s’adonne à son art à ses moments perdus, Jean-Marc Duval officie la plupart de son temps dans un atelier d’imprimerie.

 

Un peu d’art …dans ce monde d’ordures  

Sa préoccupation première est que ces tableaux puissent être accessible au plus grand nombre. Il veut faire de « l’art populaire et non pas de l’art des minoritaires.» Il emprunte donc un chemin direct, attirant le regard par des formes simples et visuelles, dont l’esthétisme retient l’attention et oblige à dépasser la seule image pour ne retenir que le message et ce qu’elle peut nous renvoyer : peur, colère, compassion…  « J’embellis la laideur, ou vice-versa, j’enlaidis la « belleur » ou la beauté, peu importe, ce qui compte c’est le dépassement de l’apparence y compris dans le rapport aux autres… La beauté plastique de l’être que l’on admire est souvent aussi vide de sens que les habits qu’elle porte. Mais on ne saura jamais puisque dans ce monde invisible c’est toujours cette image immédiate qui rassure, s’imprime, globalise et systématise les clichés de l’apparence. » Jean-Marc Duval travaille actuellement en collaboration avec Serge Mamadou pour une interprétation de Racine sur un décor qui traite de la thématique « Esclaves d’hier et d’aujourd’hui » pour le mois de septembre.

Par Sylvie Girot - Publié dans : Peinture, sculpture, art
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Jeudi 31 juillet 2008


Depuis 40 ans, entre Saintonge romane et Gironde, la famille Labrouche se passionne pour les matériaux anciens. Cette longue histoire d’amour avec le patrimoine local est rassemblée dans le dépôt de Montendre en Charente Maritime, et depuis peu dans celui d’Aytré. Autrefois réservée aux plus fortunés, cette quête d’éléments architecturaux authentiques se démocratise peu à peu.

 

Pour beaucoup d’entre nous, rien ne vaut le charme de l’ancien ! Que ce soit pour personnaliser un appartement sans âme ou pour rénover une maison ancienne dans les règles de l’art, utiliser des matériaux de récupération permet d’obtenir de superbes résultats, pour un coût parfois moindre que le neuf. La démarche n’est pas nouvelle. De tout temps les hommes ont recyclé des éléments d'époques antérieures. Mais dans le passé c'était surtout par souci d'économie, on manquait de matériaux, de moyens financiers et humains pour faire du neuf. Aujourd’hui, c'est surtout pour l'aspect esthétique qu'on recycle l'ancien, et pour la qualité que les matériaux ont acquis en traversant les siècles. Marchant sur les traces de ses parents, Arnaud Labrouche s’est spécialisé dans ce commerce particulier. Lorsqu’une maison ou un château doit être démoli, il fait un inventaire de tout ce qui peut avoir une seconde vie (portes, cheminées, escaliers, parquets, pavés, portails etc.), qu’il rachète au démolisseur. Il stocke ensuite ses trouvailles à Montendre ou Aytré où les acheteurs (particuliers, décorateurs et architectes) viennent chercher leur bonheur. Cheminées, dallages, carreaux de terre cuite, puits, porches, bacs en pierre, éléments de décoration multiples peuplent donc les deux sites d’exposition.

 

Un vrai parcours « d’historien »

Au premier coup d’œil dans le hangar propre et soigneusement ordonnancé d’Aytré, on sent que rien n’est laissé au hasard. « Chaque pièce achetée est photographiée, mesurée, référencée et répertoriée. » Plus de dix années de travail sont ainsi archivées de quoi faire un jour pourquoi pas un livre. Arnaud y a déjà songé. «Pour le moment, ce travail nous sert essentiellement à rééditer certains modèles que nous refaisons à l’identique.»

Ici, les cheminées en pierre sont légion. Naturel dans une région où les antiques carrières pullulent, Jonzac, Thénac, St Macaire, Crazannes… et où la qualité de la pierre n’est plus à démontrer. Surtout des cheminées anciennes à trumeau dont la Saintonge est l’une des plus riches de France avec la Bourgogne. Tout un patrimoine et tout un savoir-faire de plusieurs générations de tailleurs de pierre sauvés de l’oubli et de la destruction. « Déconstruire sans abîmer demande beaucoup de technicité. Il y a un sens pour démonter les pièces sans les abîmer, il faut ensuite les numéroter pour les remonter dans le même ordre. » Et comme nos ancêtres récupéraient déjà des matériaux anciens et les remettaient au goût du jour, il arrive qu’en descellant une pièce de véritables merveilles apparaissent. « Les antiquaires du bâtiment sont souvent mal perçus voire carrément suspectés de piller le patrimoine »  s’indigne Valérie Labrouche. « Ce qui n’est pas vrai » même si le couple reconnaît que leur profession a comme d’autres « ses brebis galeuses ».

 

Préservation du patrimoine

Mais la démarche de la famille qui perdure depuis deux générations est basée sur le respect du passé et la préservation des savoir faire. « Certes, beaucoup d’éléments architecturaux sont partis et partent à l’étranger mais le système de passeport mis en place s’il se justifie est très contraignant. » Les meubles et autres tableaux qui font tout autant partie de notre patrimoine n’en ont, eux, pas besoin, alors que, la moindre auge y est soumise. A côté de cela, sans bruit ni publicité, certains antiquaires du bâtiment font œuvre de mécénat. « Nous avons il y a quelque temps trouvé et acheté un petit kiosque qui avait longtemps été au Gua. Nous en avons fait don à la commune à condition qu’un projet soit réalisé pour le remettre en valeur. Ce qui a été fait. » Même démarche à Chenac pour un porche, ce qui prouve l’authentique passion et attachement de la famille pour le patrimoine de sa région natale. Arnaud s’attache au respect du passé jusque dans les copies d’anciens. « Il y a copie et copie. Le bon travail consiste à utiliser les méthodes ancestrales mais aussi à respecter les cotes et proportions. Il y a ensuite la finesse de l’exécution qu’il faut surveiller.»

 

Démarche écologique

Que peut-on récupérer ? « A peu près tout, du toit au sol sans oublier les éléments de jardin comme les vasques, auges, portails, bancs, et autres sculptures… » répond Valérie « à condition que ce soit en bon état, ou que la restauration ne coûte pas trop cher » rajoute Arnaud. Il ne cache pas qu’il est de plus en plus difficile de trouver certaines pièces, d’autant que les démolitions sont moins fréquentes aujourd’hui, le bâti ancien faisant plutôt l’objet de restauration. « Mais, il arrive que faute de temps ou par ignorance de la valeur des choses, des éléments architecturaux soient détruits. Les propriétaires, surtout lorsqu’il s’agit de SCI immobilières demandent rarement à un antiquaire du bâtiment de passer jeter un coup d’œil avant travaux. » Dommage car grâce à leur connaissance historique, ces professionnels peuvent dater précisément des éléments d’architecture, donner une idée de leur valeur ou déceler une copie. Et puis récupérer et donner une seconde vie aux choses, c’est plus écologique. La démarche de récupération va à l’encontre de la consommation à tout crin. « Et les matériaux que nous avons comme ces carreaux en terre cuite, faits à la main n’ont rien de chimique.» Et puis, ces cheminées, dalles, portes ou porches n’ont pas fini de nous murmurer à l’oreille des histoires, leur histoire…

Plus d'infos : www.labrouche.com 

 

Par Sylvie Girot - Publié dans : Décoration
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